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NOTRE RESPONSABILITE COLLECTIVE PAR RAPPORT A LA VIE


La terre nourricière est parmi les quatre éléments majeurs celui qui n'a pas existé dès l'origine. Il a fallu des millénaires pour que la mince couche de terre arable d'une vingtaine de centimètres à laquelle nous devons notre survie puisse se constituer.

C'est grâce à la combinaison du minéral et de l'organique qu'est apparue une matrice au sens étymologique du terme.. Cette matrice est à elle seule un univers silen­cieux d'une extrême complexité. Siège d'une activité intense générée par des micro­organismes, des levures, des champignons, des vers de terre, des insectes... etc., il est régi par une sorte d'intelligence mystérieuse et immanente.

C'est dans ce monde dis­cret que s'élaborent, comme dans un estomac, les substances qui permettront aux végé­taux de se nourrir, de s'épanouir pour se reproduire, et c'est aux végétaux que les humains et les animaux doivent leur propre survie.

Le végétal constitue ainsi une sorte de cordon ombilical transférant grâce' à la nourriture, les substances vitales éla­borées par la terre vers ; nos estomacs individuels.

Ainsi s'est établie une logique extraordinaire fondée sur la cohésion du vivant. La terre, le végétal, l'animal et l'humain sont de cette manière unis et indissociables. Cette cohésion et unité de la réalité a engendré une cohérence dans laquelle l'humain est irrévocablement inclus. La dénomination Terre-mère n'est donc pas une méta­phore mais une réalité des plus objectives.

Prétendre nous abstraire de cette logique, la dominer ou la transgresser impuné­ment est une illusion. Cet organisme vivant à l'exemple de notre organisme individuel ne peut être, sans conséquence grave, réduit â un substrat destiné à recevoir des sub­stances chimiques de synthèse sous forme d'engrais solubles, d'hormones, de désher­bants, avec un travail aratoire qui étripe, bouleverse à coup de chevaux-vapeur, de plus en plus lourd et puissant, une matière vivante qui nécessite d'être respectée, voire même très peu dérangée, pour être fécondée.

La destruction de la Nature relève d'une méconnaissance, d'un obscurantisme aveugle affublé de science, et c'est un bien commun qui est ainsi dilapidé.

Par ailleurs, il est irréaliste de penser que nous puissions être en bonne santé avec de la nourri­ture produite sur une terre malade ou carrément morte.

Ajoutons à cela une eau pol­luée, dévitalisée, qui représente 75 % de notre constitution physiologique, l'air conte­nant des miasmes toxiques, la perte de la biodiversité, la perte du sol, les conditions intolérables de souffrance que nous faisons subir aux animaux, la disparition des petits paysans, l'espèce humaine se trouve en grande discordance par rapport aux lois même de la continuité et se condamne à terme à de grandes pénuries et famines.

Notre lien à la terre est si intime, si vital, que rien ne peut le résilier.La conscience et l'entendement devraient permettre à l'humain de comprendre, de ressentir, de s'en­chanter de cet ordre et donc de le respecter et d'en prendre soin avec humilité et com­passion.

Notre responsabilité à l'égard de nous-même et de nos semblables inclut la responsabilité à l'égard de tout ce phénomène extraordinaire que l'on appelle la Vie.

Pierre Rahhi

voir les sites de Pierre Rabhi :

http://www.lesamanins.com

http://terrehumanisme.free.fr

http://mouvement-th.org


(mise en ligne le 8 mai 2005)
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